Programme 2030 : le Forum de haut niveau se penche sur l’avancement de l’objectif d’élimination de la pauvreté

28 July 2017

Les ministres et représentants de haut niveau des États membres des Nations unies ont approuvé la semaine dernière une déclaration visant à faire avancer la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, en mettant l’accent sur le thème « éliminer la pauvreté et promouvoir la prospérité dans un monde en mutation ». 

La déclaration été approuvée à l’issue de la réunion annuelle du Forum politique de haut niveau pour le développement durable (FPHN). Cette session de huit jours, organisée par le Conseil économique et social des nations unies (ECOSOC), comprenait notamment des rapports concernant les examens nationaux volontaires (ENV) effectués par les pays, un segment de haut niveau et des discussions quant aux défis relatifs à sept des 17 Objectifs de développement durable (ODD).

« Nous saluons les efforts à tous les niveaux pour la mise en œuvre du Programme 2030 et reconnaissons qu’après deux ans de mise en œuvre, nos efforts individuels et collectifs ont produit des résultats encourageants dans de nombreux domaines », indique la déclaration ministérielle. 

Elle appelle toutefois à des efforts supplémentaires, indiquant que « le rythme de mise en œuvre doit s’accélérer, car les tâches à accomplir sont urgentes ».

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030, adopté il y a deux ans par les États membres des Nations unies, comprend les Objectifs de développement durable, qui visent à orienter les acteurs de la communauté internationale vers des cadres de développement plus équitables et durables (cf. Passerelles28 septembre 2015

Les objectifs ayant fait l’objet d’un examen approfondi dans le cadre de la réunion de cette année sont l’ODD 1 (pas de pauvreté), 2 (faim « zéro »), 3 (bonne santé et bien-être), 5 (égalité entre les sexes), 9 (industrie, innovation et infrastructure) et 14 (vie aquatique). 

La conférence a réuni 77 ministres, chefs de cabinet et ministres adjoints, ainsi que plus de 2 400 représentants des parties prenantes.
 

Contexte mondial et discussion sur la déclaration

La déclaration ministérielle aborde plusieurs sujets, dont notamment la sécurité alimentaire, la faim, la persistance des inégalités entre les sexes, la nécessité d’améliorer l’accès aux soins de santé et aux médicaments ainsi que les infrastructures. 

Le document fait le lien entre ces questions et les efforts d’élimination de la pauvreté, tout en notant que « près de 35% de la population des pays les moins avancés (PMA) pourraient encore se trouver en situation de pauvreté extrême à l’horizon 2030 » et que la faim et la malnutrition affectent toujours des centaines de millions de personnes dans le monde entier.

Il précise que la persistance de la pauvreté extrême risque d’avoir des conséquences particulièrement graves pour les jeunes et qu’elle pourrait obliger les pays à prendre des mesures plus ambitieuses au niveau national pour s’assurer que leurs efforts de lutte contre la pauvreté aient un impact plus important, passant par une meilleure protection sociale et s’attaquant aux problèmes des populations à risque ou isolées. La déclaration préconise également de tenir compte des changements environnementaux, climatiques et de la biodiversité en raison de leurs répercussions économiques. 

Les ministres évoquent également certaines difficultés susceptibles de compromettre la réalisation des ODD, appelant à une plus grande collaboration entre parties prenantes « pour créer l’environnement favorable nécessaire à tous les niveaux ».

« Nous sommes inquiets de l’incidence importante de la conjoncture mondiale difficile d’aujourd’hui sur les efforts nationaux de mise en œuvre du Programme 2030, comprenant non seulement les facteurs économiques, tels que des conditions macro-économiques défavorables, la baisse des prix des matières premières, la faible croissance des échanges commerciaux ou la volatilité des flux de capitaux, mais également les catastrophes naturelles, la dégradation de l’environnement, les crises humanitaires et les conflits », indiquent-ils.

Selon un communiqué de presse des Nations unies, le texte complet de la déclaration mentionne que si le document lui-même n’a pas fait l’objet d’un vote, deux de ses paragraphes ont donné lieu à des votes spécifiques. Si l’un deux concerne le droit à l’auto-détermination pour les personnes vivant sous occupation, le second vise spécifiquement le commerce.

Le paragraphe en question (paragraphe 21) couvre un large éventail de sujets. La section concernant le commerce, qui déclare qu’ils « continueront à promouvoir un système commercial multilatéral universel, fondé sur des règles, ouvert, transparent, prévisible, inclusif, non discriminatoire et équitable sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce, ainsi qu’une vraie libéralisation des échanges », a donné lieu à un vote distinct.

Selon le résumé des Nations unies, le vote final a enregistré l’opposition des États-Unis, avec 112 voix pour et plus de quarante abstentions. Selon la publication Earth Negotiations Bulletin (ENB), quelques membres auraient questionné la formulation du paragraphe, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande exprimant le souhait que certains sujets, notamment en matière de mobilisation des ressources, soient évoqués plus en détail.

Le rapport des Nations unies indique également que les États-Unis s’opposaient à la mention dans le document d’une organisation ne relevant pas des Nations unies, car l’OMC, avec ses 164 membres, n’est pas une institution des Nations unies. Par ailleurs, les États-Unis se sont également « dissociés » de certaines sections du septième paragraphe évoquant l’Accord de Paris et les changements climatiques. Le président américain Donald Trump a récemment annoncé son intention de retirer son pays de l’accord mondial sur le climat (cf. Bridges Weekly8 juin 2017). 

Les autres sujets ayant suscité des débats portaient sur la formulation de sections traitant de sujets tels que l’inégalité entre les sexes, la distribution des richesses ou les migrations. 
 

Réactions de la société civile

Action for Sustainable Development, une plateforme internationale ayant pour mission d’impliquer les groupes de la société civile dans le processus du Programme 2030, a félicité la conférence pour son « enthousiasme et sa détermination ». 

Le groupe a cependant fait part de ses inquiétudes dans certains domaines clés, tels que la rapidité des efforts d’élimination de la pauvreté, notamment au niveau national.

« Nous nous inquiétons toujours que ce qui a été présenté dans le cadre des examens nationaux volontaires montre que le rythme des changements reste trop lent, la réalité étant que les inégalités dans le monde continuent de croître », affirme le groupe.

La conférence de 2017 a également vu la présentation d’examens nationaux volontaires (ENV) par 43 pays, un nombre près de deux fois supérieur à celui de l’an dernier. Ces examens réalisés par les pays ont vocation à alimenter le processus du FPHN. La coalition de la société civile indique que même si des améliorations sont nécessaires, ces ENV pourraient constituer une plateforme utile pour appuyer la mise en œuvre de l’Accord de Paris et d’autres efforts en matière d’action climatique.
 

Prochaines étapes

En 2018, la conférence du FPHN portera sur la « transformation vers des sociétés durables et résilientes » et se concentrera sur les objectifs suivants : ODD 6 (eau propre et assainissement), 7 (énergie propre et d’un coût abordable), 11 (villes et communautés durables), 12 (consommation et production responsables) et 15 (écosystème terrestres durables). 

L’année suivante, le groupe de haut niveau se penchera sur les progrès réalisés en direction des ODD 4 (éducation de qualité et équitable), 8 (croissance économique durable), 10 (inégalités réduites), 13 (lutte contre les changements climatiques) et 16 (promouvoir des sociétés pacifiques et ouvertes à tous), qui visent tous à encourager l’autonomisation, l’inclusion et l’égalité.

Comme le FPHN de 2017, ces réunions examineront également l’ODD 17, qui concerne les moyens de mise en œuvre et les partenariats permettant de réaliser l’ensemble des Objectifs de développement durable.

Reportage ICTSD ; « Summary of the 2017 Meeting of the High-Level Political Forum on Sustainable Development: 10-19 July 2017 », Earth Negotiations Bulletin, 22 juillet 2017.

Cet article est initialement paru dans Bridges Weekly, le 27 juillet 2017.

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