Le Congrès américain adopte la loi « Électrifier l’Afrique »

8 February 2016

La chambre des représentants du congrès américain a adopté à l’unanimité, mardi 2 février 2015, une loi intitulée « Électrifier l’Afrique » – Electrify Africa Act of 2015. En décembre dernier, c’est le sénat qui avait donné son feu vert au même projet de loi, également à l’unanimité. Cette adoption à l’unisson par les deux chambres du congrès ouvre la voie à la signature du texte par le président américain Barack Obama, ultime étape du processus législatif qui devrait n’être qu’une formalité.

La loi s’inscrit dans le cadre de l’initiative Power Africa, un grand projet d’électrification du continent africain annoncé en 2013 par Barack Obama lors de sa tournée africaine (voir Passerelles, 23 juillet 2013). La loi « Électrifier l’Afrique » codifie l’accès à l’électricité comme l’une des priorités de la politique étrangère américaine et fournit un cadre légal pour la mise en œuvre de l’initiative, ce qui devrait assurer sa longévité.

« Presque 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne – 70 pourcent de la population – sont dans le noir ce soir, privés d’accès à de l’eau propre, à la réfrigération et à des services médicaux de base », a déclaré Ed Royce, le président du comité des affaires étrangères de la chambre des représentants, après l’approbation de la loi. « Un accès accru à l’électricité améliorera radicalement les conditions de vie, créera des emplois et multipliera les opportunités en Afrique comme en Amérique », a-t-il ajouté.

En particulier, l’absence d’un accès fiable et bon marché à l’électricité rend la production de biens destinés à l’exportation quasi impossible, selon Royce. « Et aider l’Afrique à devenir l’un des plus grands partenaires commerciaux est dans l’intérêt des États-Unis », a-t-il affirmé.
 

Les grandes lignes

L’objectif explicite de la loi est d’encourager les efforts des pays d’Afrique subsaharienne en vue de fournir à leur population un accès fiable et bon marché à l’électricité. Pour ce faire, le texte prévoit une collaboration et une coordination non seulement avec les gouvernements africains, mais également avec les institutions financières internationales, les communautés économiques régionales africaines, ou encore le secteur privé.

« Cette loi s’appuie sur l’initiative Power Africa de l’administration Obama en encourageant de nouveaux partenariats, en stimulant l’investissement et en focalisant l’assistance sur des projets dans le domaine de l’électricité en Afrique subsaharienne », a indiqué Eliot Engel, un autre membre du Congrès s’étant personnellement engagé pour ce projet de loi.

En particulier, la loi vise à fournir l’accès à l’électricité à 50 millions d’africains et encourage l’installation d’au moins 20'000 Gigawatts d’énergie électrique supplémentaires sur le continent d’ici l’année 2020, en utilisant une palette d’options constituant un mix énergétique varié. L’accès à l’électricité est tellement fondamental pour l’épanouissement d’une société moderne que les bénéfices attendus sont multiples, et concernent des domaines aussi variés que l’emploi, la sécurité alimentaire, la santé, l’environnement, ou encore l’éducation. D’un point de vue général, la loi devrait aider à réduire la pauvreté, promouvoir le développement durable et stimuler une croissance économique inclusive.

Le texte charge le président des États-Unis d’établir une stratégie pluriannuelle « intégrée » pour soutenir les pays d’Afrique subsaharienne dans la mise en œuvre de plans d’électrification nationaux. Cette stratégie devra être remise, accompagnée d’un rapport, aux comités en charge du dossier au sein du sénat et de la chambre des représentants, au plus tard 180 jours après la promulgation de la loi.

Par ailleurs, la loi confère au président des États-Unis l’autorité pour mettre sur pied un groupe de travail inter-agences, dont le but serait de coordonner le travail des départements et des agences impliqués dans la mise en œuvre de la stratégie. Elle appelle également certaines institutions étasuniennes clés, telles que l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et l’Agence des États-Unis pour le commerce et le développement (USTDA), à prioriser leurs efforts liés à des projets dans le domaine de l’électricité en Afrique subsaharienne.

Enfin, le texte vise également à accroître le soutien international en faveur de l’électrification en Afrique. Dans cette optique, le texte prévoit que les représentants des États-Unis auprès des organisations internationales usent de leur influence pour que ces institutions accroissent leurs efforts en la matière.
 

L’initiative Power Africa

Lancée en 2013, l’initiative Power Africa constitue un grand projet de l’administration Obama visant à promouvoir l’accès à l’électricité sur le continent africain.  « L’accès à l’électricité est fondamental à notre époque. C’est la lumière grâce à laquelle les enfants peuvent étudier, l’énergie qui permet de transformer une idée en véritable affaire. […] C’est la connexion qui est nécessaire au branchement de l’Afrique sur le réseau de l’économie mondiale », avait alors déclaré le président Obama. 

Sur la base d’un investissement initial de 7 milliards US$ lors du lancement du projet, l’initiative est parvenue à mobiliser 43 milliards US$ sous forme d’engagements, y compris 31 milliards provenant du secteur privé. Du côté du secteur public, 12 milliards US$ d’investissements ont été restants incluent la Banque africaine de développement (BAD), le Groupe de la banque mondiale, le gouvernement suédois et l’Union européenne (UE).

Une feuille de route publiée la semaine dernière détaille les trois piliers autour desquels l’initiative s’articule, à savoir la génération d’électricité, l’amélioration de l’accès à celle-ci, ainsi que le renforcement du potentiel du secteur de l’électricité par le biais de réformes politiques et administratives. Si certains projets ont déjà vu le jour, de nombreux autres en sont encore à un stade précoce de leur développement, indique ce document.

Peu après son lancement, l’initiative Power Africa avait essuyé quelques critiques, notamment car elle s’était initialement concentrée sur 6 pays en particulier – l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Libéria, le Nigéria et la Tanzanie. Parmi ces derniers, aucun pays d’Afrique francophone. Le coordinateur de l’initiative, Andrew Herscowitz, avait toutefois indiqué l’année passée, dans le cadre d’une interview octroyée au journal Jeune Afrique, que le champ d’action avait depuis lors été largement étendu. « Il y a beaucoup d’opportunité pour nous en Afrique francophone », avait-il indiqué, mentionnant la présence d’un membre du staff de l’initiative à Dakar.

Rapport ICTSD.

5 February 2016
Un ambitieux plan visant à électrifier le continent africain a été lancé par la Banque africaine de développement (BAD), le 21 janvier, dans le cadre du Forum économique mondial de Davos. Ce New Deal...
Share: 
12 February 2016
Le ministère des mines de la République démocratique du Congo a indiqué, jeudi 11 février, que la réforme du code minier du pays n’a pas été abandonnée. « Le gouvernement de la République...
Share: