L'AGOA Deux Ans Après: Quel Bilan pour l'Afrique?

30 November 2002

Le dernier rapport sur le commerce entre les USA et l'Afrique subsaharienne rendu public en janvier 2002 tire un premier bilan de la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA), un an après son entrée en vigueur. Les résultats de cette étude montrent une augmentation du niveau des échanges entre les USA et l'Afrique subsaharienne, même si quelques pays seulement en ont bénéficié. Les exportations africaines durant le 1er semestre 2001 ont atteint les 3 milliards de dollars. Le Nigeria se taille la part du lion avec des recettes s'élevant à 2,3 milliards, suivi du Gabon avec ses 448, 5 millions de dollars, de l'Afrique du sud avec 135 millions, du Ghana, 18,9 millions, du Cameroun 16,2 millions et du Kenya avec 16 millions. Les exportations sont constituées essentiellement de produits énergétiques, loin devant les textiles et les minéraux.

Sur les 35 pays éligibles, moins d'une dizaine joue un rôle commercial significatif dans le cadre des échanges régis par l'AGOA. Cette caractéristique est encore plus visible lorsqu'on analyse la destination des exportations américaines. Ici c'est l'Afrique du sud qui arrive en tête avec 2,3 milliards de dollars d'importations, suivie du Nigeria avec 703 millions et du Kenya de la Namibie et de l'Angola, avec respectivement 519 millions, 230 millions et 209 millions de dollars. La plupart des pays éligibles rencontrent de grandes difficultés à se conformer aux normes de l'AGOA. Si pour certains, les contraintes sont d'ordre politique (absence de démocratie, problèmes de respect des droits de l'Homme etc.) pour d'autres par contre, ce sont les normes de qualité exigées par l'AGOA qui constituent des entraves à l'entrée de leurs produits sur le marché américain.

Rappelons que l'AGOA est entré en vigueur le 18 mai 2000. Elle autorise le président américain à désigner des pays susceptibles de bénéficier des opportunités d'exportation offertes par l'ouverture du marché américain à certains produits africains en franchise de taxes et de quotas. Pour être éligible, un pays doit en principe instaurer une économie de marché, un Etat de droit et une démocratie plurielle, éliminer les entraves à l'investissement américain, protéger la propriété intellectuelle, combattre la corruption, bannir certaines formes de travail des enfants etc. Dans la déclaration prononcée le 2 octobre 2000, Clinton désignait 34 pays d'Afrique subsaharienne éligibles au bénéfice des avantages offerts par l'AGOA. Quatre mois après le Swaziland rejoignait le groupe qui passait ainsi à 35 pays.

Actuellement, un projet est à l'étude au Sénat américain qui devra déboucher sur une nouvelle phase dénommée AGOA II. Il aura pour effet de " doubler le plafond des quantités de vêtements faits de tissus régionaux et de fils africains autorisés à entrer sur la marché américain en franchise de droits et de quotas ". Nepad: Vers un Nouveau Partenariat pour l'Accès des Produits Africains aux Marchés des Pays Développés.

A l'occasion d'une visite qu'il effectuait au début du mois de février en Afrique, le directeur général de l'OMC, Mike Moore a réaffirmé son intention et celle de son organisation de soutenir les efforts du continent africain dans le cadre du NEPAD. Apparemment séduit par l'initiative africaine, Moore a assuré au président Sud africain Thabo Mbeki, qu'il s'agissait là de l' " une des plus belles visions élaborées pour l'Afrique par des africains qu'il n'ait jamais vues ".

Le NEPAD, New Partnership for Africa's Development, se situe à l'entrecroisement de deux visions complémentaires du développement africain. Le premier est le Millenium Africa Renaissance programm (MAP), un manifeste élaboré par les présidents Thabo Mbéki d'Afrique du Sud, Bouteflika d'Algérie et Obassanjo du Nigeria qui s'appuie sur l'histoire partagée du continent et sur les convergences culturelles africaines pour susciter une nouvelle dynamique de développement endogène.

Le second est le " Plan Oméga " initié par le président sénégalais Abdoulaye Wade. D'inspiration Keynésienne, la stratégie qu'il met en avant, passe par un investissement massif dans les domaines de l'agriculture, de l'éducation, de la santé et des infrastructures.

En juin 2001 à Lusaka, une réunion panafricaine a fusionné les deux projets sous l'appellation de " Nouvelle Initiative Africaine " (NIA) qui deviendra, en octobre 2001 au Nigeria, le Nouveau Partenariat pour le Développement africain (NPDA). L'originalité du NEPAD tient au fait qu'il opte pour une perspective continentale aussi bien dans l'évaluation des besoins, la mobilisation des ressources que dans la réalisation des projets. Selon cette démarche, la réalisation d'un projet ne se fait désormais plus dans les limites étroites des Etats, mais sera conçue sur la base d'une connexion entre les niveaux national, régional et continental.

Pour rendre le NEPAD opérationnel, les cinq chefs d'Etat initiateurs (l'Egypte a rejoint les quatre de départ) ont identifié les secteurs prioritaires où les actions doivent être menées. En décembre dernier à Abidjan, le comité directeur du NEPAD a réparti ces secteurs entre les cinq pays, chacun devant être le coordinateur d'un ou de plusieurs projets :

- Algérie : développement humain - Afrique du Sud : bonne gouvernance - Egypte : accès aux marchés et diversification des produits - Nigeria : bonne gouvernance économique et flux de capitaux - Sénégal : infrastructures, environnement, nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et énergie.

Concernant la question de l'accès aux marchés et la diversification des produits, les actions suivantes ont été identifiées par les chefs d'Etat :

· Assurer une participation active de l'Afrique aux échanges commerciaux mondiaux gérés sous les auspices de l'OMC. · Identifier conjointement les besoins régionaux et continentaux en matière d'assistance technique et les soumettre aux partenaires développés ou à des organisations telles que l'OMC. · Agir et dialoguer de façon à obtenir et stabiliser le traitement préférentiel consenti par certains partenaires de l'Afrique ( Système Généralisé de Préférence (SGP), l'Accord de Cotonou, l'Initiative Tout sauf les armes et l'AGOA etc.) et faire en sorte que la libéralisation multilatérale future n'affecte pas les marges préférentielles offertes par ces arrangements.

Pour le texte complet de la nouvelle initiative africaine, consulter : http://www.uneca.org/eca_resources/Major_ECA_Websites/icpd/fourth/french/Initiative_Fr.PDF Pour la répartition des secteurs voir : http://allafrica.com/stories/200112070375.html

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