Rapport sur la croissance : la dynamique de l'Afrique

28 July 2008

Les pays en développement sont en mesure d'atteindre une croissance rapide, durable et équitable s'ils s'impliquent et s'intègrent dans l'économie mondiale et s'ils ont des dirigeants engagés. C'est le message clé d'une étude récemment publiée, le ‘Rapport sur la croissance', préparé par un groupe de décideurs et d'économistes essentiellement de pays en développement.2 Le groupe avait été chargé de mener une recherche sur les éléments nécessaires pour assurer une croissance durable et inclusive, afin d'en identifier les implications pratiques pour les décideurs.

« En cette période de fort ralentissement de la croissance dans les pays industrialisés, plusieurs pays parmi les plus pauvres au monde considèrent que la croissance est hors d'atteinte. Nous pensons néanmoins qu'il est possible d'expliquer et de reproduire une croissance forte et durable, » a déclaré le Président de la Commission, Michael Spence.

Selon le rapport, une croissance rapide et durable est réalisable pour les pays en développement, avec la bonne combinaison « d'ingrédients de politique. » L'activité commerciale à elle seule ne générera pas le type de croissance qui tirera les pays en développement de la pauvreté. L'intervention du gouvernement dans l'économie et un certain niveau de protectionnisme seront également nécessaires.

L'expérience des économies à forte croissance

Le rapport examine les 13 économies qui, depuis 1950, ont enregistré une croissance d'au moins 7% par an sur 25 ans ou plus.3  En dépit d'une forte hétérogénéité, ces pays ont en commun certaines caractéristiques qui pourraient aider les décideurs à formuler une stratégie de croissance : chacun a exploité les opportunités offertes par l'économie mondiale, soutenu des taux élevés d'épargne et d'investissement, maintenu la stabilité macroéconomique, permis aux marchés d'affecter des ressources et bénéficié de gouvernement compétents, engagés et fiables.  L'intégration dans l'économie mondiale est une prescription clé pour la croissance. Elle a permis aux pays en développement d'importer du reste du monde des idées, des technologies, et un savoir-faire, en particulier à travers l'investissement étranger direct et l'éducation.

Le défi pour l'Afrique

Selon le rapport, l'Afrique subsaharienne enregistre actuellement son taux de croissance le plus rapide depuis des décennies : 6% par an depuis le milieu des années 90. Les nouveaux dirigeants ont établi des gouvernements plus comptables, de meilleures politiques économiques et des prix plus élevés pour les exportations de produits de base. Le défi pour la région sera de transformer ces conditions favorables en progrès durables, sur la base d'une croissance rapide de l'emploi et d'une économie plus diversifiée. Idéalement, « les fruits de l'expansion des produits de base serviraient à réduire la dépendance de la région vis-à-vis de ces produits. » Ceci nécessitera des stratégies d'intégration économique globale et des politiques pour identifier les produits qui aideront l'Afrique à créer des avantages comparatifs, en rehaussant la productivité et en stimulant la croissance. Il sera également très important d'accroître l'investissement national et étranger, essentiellement dans les infrastructures.

Toutefois, le rapport appelle également les pays riches à encourager la croissance en accordant des préférences commerciales limitées dans le temps, afin d'aider l'Afrique à surmonter son retard. Les économies avancées sont tenus d'aider le développement en mettant un terme à l'accent qu'ils mettent actuellement  sur les subventions à l'énergie, les biocarburants et à leurs propres politiques protectionnistes. 

Il faudra du temps pour créer les conditions d'une croissance durable. Toutefois, les dirigeants africains devraient prendre la décision de tirer profit de la dynamique favorable pour trouver la bonne voie. « La croissance n'est pas une fin en soi. Elle est plutôt un moyen pour servir plusieurs fins qui ont une importance considérable pour les individus et pour les sociétés. La croissance est surtout le moyen le plus sûr de libérer une société de la pauvreté. » 

 

1  Paolo Ghisu est membre de l'équipe en charge de l'APE et du régionalisme à l'ICTSD.

2  Voir : The Commission on Growth and Development's report: The Growth Report: Strategies for Sustained Growth and Inclusive Development, 21 mai 2008, www.growthcommission.org

3  Les 13 pays concernés sont : le Botswana, le Brésil, la Chine, HongKong, l'Indonésie, le Japon, la République de Corée, la Malaisie, Malte, Oman, Singapour, Taiwan et la Thaïlande.

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